Retraite d'un couple franco-russe ou franco-ukrainien : vivre en Russie, en Ukraine ou en France

- Deux trajectoires de retraite, des règles très différentes
- Vivre sa retraite en Russie : une pension française possible, mais des paiements fragiles
- Fiscalité en Russie : la suspension partielle de la convention change la donne
- S’installer en Ukraine avec une retraite française : moins d’incertitude fiscale, mais aucune totalisation automatique connue
- Santé et résidence à l’étranger : la CFE est une option, pas une affiliation automatique
- Conjoint russe ou ukrainien en France : le mariage ne crée pas une retraite personnelle
- ASPA et pension de réversion : deux protections souvent confondues
- Sources et references
Deux trajectoires de retraite, des règles très différentes
Un retraité français peut, en principe, percevoir sa pension en résidant en Russie ou en Ukraine. Mais les deux situations ne se ressemblent pas : en Russie, les difficultés bancaires et la suspension partielle de la convention fiscale franco-russe ont profondément dégradé la prévisibilité du dispositif depuis 2023. En Ukraine, la pension française peut être versée, mais les années travaillées sur place ne se totalisent pas automatiquement avec la carrière française.
Dans l’autre sens, un conjoint russe ou ukrainien vivant en France n’acquiert pas une retraite française du seul fait de son mariage avec un Français. Ses droits dépendent d’abord des cotisations versées en France, avec des mécanismes distincts pour l’ASPA et la pension de réversion.
Les couples franco-russes et franco-ukrainiens sont souvent confrontés à une confusion compréhensible : le mariage, la résidence, la nationalité et les cotisations sont quatre éléments distincts. Or ils ne produisent pas les mêmes effets selon que l’on parle d’une pension de retraite, d’une couverture maladie, d’une aide sociale ou de la pension de réversion d’un conjoint décédé.
Le principe de départ est assez clair. Une pension française déjà ouverte peut continuer à être servie à une personne qui réside hors de France, y compris en Russie ou en Ukraine. En revanche, le droit à une retraite française est contributif : il suppose normalement d’avoir cotisé auprès des régimes français concernés.
Le tableau ci-dessous résume les principaux écarts à anticiper en 2026.
| Situation | Résidence en Russie | Résidence en Ukraine | Conjoint russe ou ukrainien vivant en France |
|---|---|---|---|
| Versement d’une pension française | Possible en principe, mais fortement dépendant des circuits bancaires et des sanctions | Possible en principe | Versement en France selon les droits acquis |
| Fiscalité des pensions françaises | Convention fiscale franco-russe partiellement suspendue depuis le 8 août 2023 ; application du droit interne pour les pensions de source française versées à un résident fiscal russe | Convention fiscale France-Ukraine toujours en vigueur pour les pensions privées ; cas distinct pour les pensions publiques | Dépend de la résidence fiscale et de la nature des revenus |
| Totalisation des périodes travaillées à l’étranger | À vérifier selon les règles applicables et les caisses | Pas de convention bilatérale de sécurité sociale France-Ukraine identifiée permettant une totalisation automatique | Les périodes russes, soviétiques ou ukrainiennes ne créent pas automatiquement une retraite française |
| Couverture maladie française | CFE possible sur adhésion volontaire | CFE possible sur adhésion volontaire | Droits dépendant de la situation personnelle et de l’affiliation en France |
| Droits liés au mariage | Pas de retraite personnelle automatique pour le conjoint | Pas de retraite personnelle automatique pour le conjoint | Peut ouvrir droit à une pension de réversion sous conditions propres au régime |
La difficulté n’est donc pas tant de savoir si un couple est binational que de déterminer, pension par pension, quel régime paie, où vit le bénéficiaire, dans quelle devise le paiement est reçu et quel État revendique l’imposition.
Vivre sa retraite en Russie : une pension française possible, mais des paiements fragiles
Le retraité français installé en Russie peut en principe continuer à recevoir sa retraite française. Ce droit de principe ne doit toutefois pas masquer le principal obstacle pratique en 2026 : la circulation de l’argent.
Les paiements à destination de la Russie sont soumis à un environnement bancaire instable. Une banque française peut refuser ou ralentir une opération, une banque russe peut ne plus être accessible par le circuit envisagé, et les banques correspondantes peuvent bloquer ou réorienter un virement. La devise choisie compte également. Il ne suffit pas qu’un compte soit théoriquement ouvert au nom du retraité : encore faut-il que le chemin bancaire entre la caisse de retraite, la banque émettrice et la banque réceptrice demeure opérationnel.
Pour les pensions d’État, deux modalités existent : un versement en euros sur un compte détenu en France, ou un versement en roubles sur un compte en Russie via la régie diplomatique de Moscou. Ces pensions ne transitent pas par SWIFT. Elles n’ont pas été exclues du réseau bancaire par les sanctions européennes, mais cela ne garantit pas la fluidité du paiement dans chaque situation individuelle.
En pratique, les options les plus robustes sont les suivantes :
- conserver le versement en euros sur un compte situé hors de Russie, notamment en France, lorsque cette organisation est compatible avec la vie quotidienne du retraité ;
- vérifier qu’un compte russe reste accessible à un réseau de paiement compatible et auprès d’un établissement non sanctionné ;
- interroger en amont la caisse de retraite et les banques concernées sur la faisabilité concrète du versement envisagé ;
- éviter de supposer qu’un circuit bancaire ayant fonctionné l’année précédente restera disponible en 2026.
Le sujet est particulièrement sensible pour les couples qui financent leurs dépenses courantes exclusivement avec une pension française. Un refus de virement ne signifie pas nécessairement la perte du droit à pension, mais il peut provoquer une rupture de trésorerie. Le risque est donc moins juridique que matériel : avoir une pension due et ne pas pouvoir l’utiliser facilement sur place.
La prudence commande de dissocier le lieu où la pension est versée du lieu où le retraité réside. Pour certains ménages, le maintien d’un compte en euros hors de Russie constitue une sécurité pratique — voir aussi notre guide sur le compte bancaire joint du couple franco-russe. Cette solution ne règle pas la fiscalité russe ni les éventuelles règles locales applicables aux transferts, mais elle limite la dépendance à un seul canal bancaire soumis aux aléas géopolitiques.
Fiscalité en Russie : la suspension partielle de la convention change la donne
La convention fiscale entre la France et la Russie, signée le 26 novembre 1996, a été partiellement suspendue par la Russie depuis le 8 août 2023. C’est un point déterminant pour un retraité français devenu résident fiscal russe.
Avant cette suspension partielle, les règles conventionnelles permettaient d’encadrer plus directement la répartition du pouvoir d’imposer entre la France et la Russie. Depuis 2023, les pensions de source française versées à un bénéficiaire résident fiscal russe relèvent désormais du droit interne pour leur imposition, et non plus des règles conventionnelles antérieures.
La conséquence concrète est un risque accru de double imposition ou, au minimum, d’un traitement fiscal moins favorable que celui qui prévalait avant la suspension. Il serait imprudent de continuer à appliquer mécaniquement les raisonnements fiscaux utilisés par les retraités installés en Russie avant 2023.
Cette évolution concerne notamment les couples qui avaient prévu leur départ à la retraite sur la base d’une convention fiscale perçue comme stable. Le changement est récent, et il n’est pas purement théorique : il peut affecter le revenu disponible après impôt, donc le budget réel du foyer.
Quelques réflexes s’imposent avant un départ ou une installation durable en Russie :
- déterminer le pays de résidence fiscale réelle du pensionné, sans confondre résidence administrative et résidence fiscale ;
- identifier séparément chaque source de revenu : pension française, revenus immobiliers, placements, pension éventuellement versée par un régime russe ;
- vérifier le traitement applicable aux pensions de source française selon le droit interne concerné ;
- conserver les justificatifs de pension, de retenues et d’imposition, car ils seront nécessaires en cas de contrôle ou de demande de crédit d’impôt selon les règles applicables.

La suspension partielle ne signifie pas que toute relation fiscale entre les deux pays a disparu. Elle signifie, plus précisément, que l’on ne peut plus s’appuyer avec la même sécurité sur les mécanismes conventionnels précédemment utilisés pour les pensions françaises reçues par un résident fiscal russe. En 2026, cette incertitude fait de la fiscalité l’un des premiers sujets à examiner, avant même le choix de la banque.
S’installer en Ukraine avec une retraite française : moins d’incertitude fiscale, mais aucune totalisation automatique connue
Le retraité français qui choisit de vivre en Ukraine peut en principe continuer à percevoir sa pension française. La situation fiscale est, sur le papier, plus encadrée que celle rencontrée en Russie : la convention fiscale entre la France et l’Ukraine demeure en vigueur.
Elle sert de cadre à l’imposition d’une pension privée de source française versée à une personne résidente fiscale ukrainienne. Les pensions publiques relèvent toutefois de règles distinctes, qui doivent être vérifiées au cas par cas. Il serait donc erroné de traiter toutes les pensions françaises comme si elles obéissaient à une règle unique.
L’autre limite majeure concerne la carrière professionnelle. Aucune convention bilatérale de sécurité sociale France-Ukraine comparable à celles conclues avec certains autres États n’a été identifiée. En conséquence, les périodes de travail accomplies en Ukraine ne s’additionnent pas automatiquement aux périodes cotisées en France pour ouvrir ou calculer une pension française.
Cette absence de coordination peut avoir des effets concrets pour une personne ayant partagé sa carrière entre les deux pays. Par exemple, un conjoint français ou binational qui a travaillé plusieurs années en Ukraine ne doit pas présumer que ces années compléteront automatiquement sa durée d’assurance française. Les droits éventuels doivent être examinés selon les règles applicables et auprès de chaque caisse concernée.
Il faut aussi éviter une interprétation excessive : l’absence de totalisation automatique ne signifie pas qu’aucun droit ne peut être demandé en France. Une personne ayant cotisé en France conserve les droits attachés à ses cotisations françaises. Ce qui manque est le mécanisme automatique permettant de rapprocher les périodes ukrainiennes et françaises comme dans un système de coordination bilatérale.
Pour un couple franco-ukrainien, la préparation de la retraite gagne donc à séparer trois dossiers :
- les pensions déjà acquises en France ;
- les droits éventuellement acquis en Ukraine ;
- le traitement fiscal de chaque pension selon le statut de résidence du bénéficiaire.
Santé et résidence à l’étranger : la CFE est une option, pas une affiliation automatique
Partir vivre sa retraite en Russie ou en Ukraine ne maintient pas automatiquement une couverture maladie française complète. La Caisse des Français de l’Étranger, ou CFE, demeure l’outil le plus courant pour les Français qui souhaitent conserver une couverture volontaire en vivant hors de France.
La CFE fonctionne sur cotisation volontaire. Elle ne se déclenche pas du seul fait de percevoir une retraite française, de posséder la nationalité française ou d’être marié à un Français. Son intérêt est d’offrir un cadre de protection lié au système français pour les personnes expatriées, mais elle ne remplace pas une affiliation locale lorsque le pays de résidence l’impose.
La santé mérite une attention particulière dans les couples binationaux, car les besoins peuvent différer selon les conjoints. L’un peut percevoir une pension française, l’autre être affilié localement ou disposer de droits liés à une activité passée. Dans ce contexte, une couverture pensée pour une seule personne peut laisser l’autre sans solution adaptée.
Avant une installation durable, le couple doit clarifier :
- qui est couvert par quel dispositif ;
- si l’adhésion à la CFE est souhaitée et financée ;
- si une assurance ou une affiliation locale est requise dans le pays de résidence ;
- comment seront prises en charge les dépenses de santé lors de séjours temporaires en France.
La CFE ne doit pas être présentée comme une réponse universelle. C’est un mécanisme volontaire qui peut répondre à certains besoins, mais il ne dispense pas d’examiner les règles du pays où le couple vit effectivement. Pour un couple qui envisage aussi de conserver ou d’acquérir un bien immobilier en France en prévision de séjours réguliers, la question de la couverture santé se pose alors sous un angle différent : celui d’aller-retours plutôt que d’une installation strictement définitive.
Conjoint russe ou ukrainien en France : le mariage ne crée pas une retraite personnelle
Pour le conjoint russe ou ukrainien qui vit en France, le principe est net : le mariage avec un citoyen français ne donne pas, à lui seul, droit à une retraite française. La retraite de base comme la retraite complémentaire reposent sur les cotisations versées en France.
Une personne ayant travaillé en France, même si elle est de nationalité russe ou ukrainienne, peut donc acquérir des droits auprès des régimes français concernés. À l’inverse, une personne qui n’a pas cotisé en France ne devient pas titulaire d’une pension française du simple fait de son union avec un retraité français.
Cette distinction est essentielle dans les couples où l’un des époux a effectué toute sa carrière en France tandis que l’autre a travaillé principalement en Russie, en URSS ou en Ukraine. Les périodes de carrière réalisées hors de France peuvent parfois être prises en compte pour la totalisation des périodes, selon les règles de coordination applicables et la caisse compétente. Elles ne donnent toutefois pas un droit automatique et systématique.

La formulation prudente est ici la seule honnête : une vérification caisse par caisse est nécessaire. Les dossiers de carrière internationale exigent de distinguer les périodes déclarées, les régimes concernés et les règles de coordination effectivement applicables à la situation de l’assuré.
Le conjoint étranger vivant en France doit donc réunir, autant que possible, les éléments relatifs à son parcours :
- relevés de carrière et justificatifs de périodes travaillées en France ;
- documents établissant les périodes accomplies en Russie, en URSS ou en Ukraine ;
- éléments d’état civil cohérents, notamment lorsque les noms ont varié selon les documents ;
- informations sur les régimes auxquels il ou elle a cotisé.
L’enjeu est aussi d’éviter les faux espoirs. Une carrière étrangère peut compter dans certains cadres, mais elle ne transforme pas automatiquement une personne n’ayant jamais cotisé en France en retraitée du régime français. Cette même logique de vérification pièce par pièce s’applique aux droits à l’assurance maladie du conjoint étranger, un autre domaine où le mariage ne suffit jamais à lui seul à ouvrir un droit social.
ASPA et pension de réversion : deux protections souvent confondues
L’ASPA, allocation de solidarité aux personnes âgées, n’est pas une retraite contributive. Il s’agit d’un minimum social soumis à des conditions de ressources et de résidence en France. Le plafond de ressources est plus élevé pour un couple que pour une personne seule.
Pour un conjoint russe ou ukrainien marié à un Français, le mariage ne suffit pas à ouvrir droit à l’ASPA. Il faut satisfaire aux conditions de résidence en France et de ressources. Cette allocation ne doit donc pas être confondue avec une pension acquise grâce à des cotisations.
La pension de réversion relève d’une logique différente. Un conjoint survivant russe ou ukrainien peut en principe demander la réversion de la retraite d’un assuré français décédé, sans condition de nationalité. Pour les régimes de base et complémentaires, il n’existe généralement pas de condition de résidence : le survivant peut donc résider hors de France.
Dans le régime général, le taux de réversion généralement cité est de 54 % de la retraite du conjoint décédé, ou de celle qu’il aurait pu percevoir. Les conditions précises d’ouverture et de calcul dépendent néanmoins du régime concerné et de la situation du demandeur.
Un bénéficiaire résidant à l’étranger peut se voir demander un justificatif de vie annuel. Cette formalité est particulièrement importante pour les conjoints survivants vivant en Russie ou en Ukraine : l’absence de réponse peut compromettre la continuité des paiements, indépendamment de l’existence du droit à réversion. Pour approfondir les questions patrimoniales qui accompagnent souvent ce type de situation, voir notre dossier sur le remariage et le veuvage international.
La réversion n’est donc pas une « retraite du conjoint étranger ». Elle dérive des droits du conjoint décédé et obéit à ses propres conditions. C’est pourtant souvent le mécanisme le plus protecteur pour une personne qui a peu ou pas cotisé en France.
Sources et references
- Convention fiscale entre la France et la Russie du 26 novembre 1996 et informations relatives à sa suspension partielle par la Russie depuis le 8 août 2023.
- Convention fiscale entre la France et l’Ukraine.
- Informations des régimes français de retraite : Assurance retraite, régimes complémentaires et règles relatives à la pension de réversion.
- Informations de service-public.fr sur l’ASPA, la résidence en France et les droits sociaux.
- Informations de la Caisse des Français de l’Étranger sur l’assurance maladie volontaire des expatriés.
- Informations consulaires et bancaires relatives au paiement des pensions et aux restrictions affectant les transferts vers la Russie.