Arnaques sentimentales aux faux profils russes et ukrainiens : que faire en 2026

- Ne pas confondre une nationalité avec une usurpation d’identité
- Le mécanisme documenté du romance scam : une relation fabriquée pour obtenir des fonds
- Les prétextes d’argent : ce qu’ils cachent souvent
- Les chiffres français 2025 : peu de demandes, mais un coût moyen très élevé
- Dès que le doute existe : interrompre le scénario et préserver les preuves
- Déposer plainte en ligne : la procédure THESEE, étape par étape
- Signaler le faux profil ne remplace pas la plainte
- La honte est un outil de l’arnaque, pas une preuve de responsabilité
- Ce que le recours officiel permet réellement, et ce qu’il ne faut pas promettre
- Après la plainte : reprendre le contrôle de la situation
Vous soupçonnez un faux profil ? Trois gestes d’abord : arrêtez tout versement, conservez l’intégralité des échanges et des preuves de paiement, puis déposez plainte — la plateforme THESEE traite explicitement l’escroquerie aux sentiments. Le rapport 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr chiffre le préjudice moyen à 11 500 € par victime. Ce dossier détaille les mécanismes documentés du romance scam, les prétextes financiers récurrents et la procédure de recours réelle, sans faire porter la faute à la victime.
Si vous pensez être victime d’un faux profil russe ou ukrainien, cessez tout nouvel envoi d’argent, conservez immédiatement les échanges et les preuves de paiement, signalez le compte frauduleux, puis déposez plainte. En France, la plateforme THESEE traite explicitement l’escroquerie aux sentiments. Cette démarche n’a rien de honteux : l’arnaque sentimentale repose sur une manipulation progressive de la confiance. Le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr rappelle surtout sa gravité financière : le préjudice moyen constaté atteint 11 500 € par victime.
Ne pas confondre une nationalité avec une usurpation d’identité
Parler de « faux profils russes et ukrainiens » exige une précision essentielle. Les sources officielles françaises consultées ne valident pas l’idée d’un ciblage ou d’une origine des escrocs définie nationalité par nationalité. Rien ne permet donc d’affirmer que les auteurs seraient russes ou ukrainiens.
Ce que l’on rencontre dans une escroquerie sentimentale, ce sont des profils qui prétendent être russes, ukrainiens, ou simplement vivre dans ces pays. L’identité affichée peut être totalement inventée, partiellement volée, ou construite à partir de photographies et d’informations appartenant à une autre personne. La nationalité présentée dans la conversation n’est pas une preuve de l’identité réelle de l’interlocuteur, ni de sa localisation, ni de ses intentions.
Cette distinction est particulièrement nécessaire sur un site consacré aux couples franco-russes et franco-ukrainiens. Les femmes russes et ukrainiennes qui recherchent une relation sincère sont elles aussi victimes de ces usurpations : leur image, leur pays, leur langue ou leur histoire peuvent être utilisés pour fabriquer un personnage mensonger. Suspecter automatiquement une personne parce qu’elle est russe ou ukrainienne ne protège personne. Cela peut au contraire isoler des personnes honnêtes et renforcer les préjugés. Notre dossier sur les signaux d’alerte aborde cette distinction sous l’angle de la prévention.
Le bon réflexe consiste à examiner les comportements, les demandes et la cohérence de la relation. Une escroquerie sentimentale ne se reconnaît pas à un passeport supposé. Elle se reconnaît à une mécanique : création de confiance, pression émotionnelle, demande d’argent, renouvellement des demandes, puis disparition ou nouveau prétexte.
Le mécanisme documenté du romance scam : une relation fabriquée pour obtenir des fonds
Cybermalveillance.gouv.fr décrit l’escroquerie sentimentale comme un scénario qui commence fréquemment sur un site de rencontre ou un réseau social. Le premier contact n’a pas nécessairement l’apparence d’une fraude. Au contraire, le profil peut sembler attentif, disponible, romantique et patient.
L’objectif n’est pas toujours d’obtenir de l’argent dès les premiers messages. La fraude repose souvent sur une construction longue de la confiance. L’escroc cherche à faire naître un sentiment de proximité, parfois une promesse de vie commune, de mariage, de rencontre prochaine ou de projet familial. La victime ne croit pas répondre à une inconnue ou à un inconnu : elle pense aider la personne avec laquelle elle a noué une relation affective.
Cette phase explique pourquoi la formule « il suffisait de ne pas payer » est injuste et inutile. Les victimes ne sont pas dupes par faiblesse intellectuelle. Elles sont confrontées à une mise en scène émotionnelle conçue pour rendre la demande d’argent crédible et urgente. La manipulation peut alterner attention, inquiétude, déclarations d’amour, projets communs, culpabilisation et promesses de remboursement.
Puis survient le motif financier. Cybermalveillance.gouv.fr identifie notamment les prétextes suivants :
- de prétendus frais administratifs ou de visa pour venir en France ;
- une urgence médicale, telle qu’un accident, une hospitalisation ou des soins à régler ;
- la sextorsion, lorsque des images intimes obtenues pendant la relation servent ensuite à exercer un chantage.
Le point le plus révélateur n’est pas seulement la première demande. C’est la logique de paiements successifs. Une difficulté annoncée comme exceptionnelle entraîne un nouveau problème, puis un frais imprévu, puis une urgence supplémentaire. Le projet de rencontre semble toujours proche, mais reste sans cesse empêché par un nouvel obstacle financier. C’est précisément ce qui distingue une escroquerie d’une relation à distance réellement engagée, où les obstacles se résolvent au lieu de se multiplier.

Une relation sincère peut évidemment connaître des difficultés matérielles, administratives ou médicales. Ce qui doit alerter n’est pas l’existence abstraite d’un problème. C’est le fait que la relation devienne progressivement dépendante de vos versements, que l’urgence interdise toute réflexion, ou que chaque solution financière ouvre la voie à une nouvelle demande.
Les prétextes d’argent : ce qu’ils cachent souvent
Le tableau ci-dessous ne sert pas à juger une situation humaine sur un seul détail. Il permet de remettre les faits à plat lorsque l’émotion, l’attachement ou la peur prennent toute la place.
| Prétexte invoqué | Ce qui devrait alerter | Ce qu’une relation sincère ferait à la place |
|---|---|---|
| « Il faut payer des frais de visa ou des documents pour venir en France » | La rencontre ou le voyage devient conditionné à un transfert d’argent vers une personne connue seulement en ligne. Des frais supplémentaires apparaissent après un premier paiement. | Expliquer la situation sans faire de votre aide financière une condition de la relation ni exercer de pression. |
| « J’ai eu un accident, je suis à l’hôpital, il faut payer les soins tout de suite » | L’urgence est invoquée pour empêcher toute vérification et pour obtenir une décision immédiate. La demande devient répétitive ou s’accompagne d’un récit de plus en plus dramatique. | Accepter que vous preniez du recul, cherchiez à comprendre et refusiez un versement. |
| « Sans cet argent, je ne pourrai pas te rejoindre » | Le projet amoureux est constamment repoussé par un nouvel obstacle financier. La promesse de rencontre est utilisée pour obtenir un paiement. | Construire un projet réaliste, sans faire peser sur l’autre une obligation financière récurrente. |
| « Envoie-moi une photo intime, c’est une preuve d’amour » | Les images sont demandées avec insistance, puis utilisées pour réclamer de l’argent ou menacer de les diffuser. | Respecter le refus, l’intimité et le rythme de l’autre sans chantage ni condition affective. |
| « C’est le dernier paiement, après tout sera réglé » | Cette formule revient après chaque versement. L’exception devient un mode permanent de fonctionnement. | Ne pas multiplier les demandes et ne pas lier la continuité de la relation à un paiement. |
Le faux profil peut aussi tenter de prévenir vos objections. Il peut promettre de rembourser rapidement, se dire humilié de demander de l’aide, jurer qu’il s’agit d’une dernière fois, ou prétendre qu’il n’a personne d’autre vers qui se tourner. Ces éléments ne prouvent rien par eux-mêmes, mais ils prennent une autre signification lorsque les demandes se répètent.
La pression est souvent psychologique avant d’être financière. La personne peut suggérer que refuser de payer revient à abandonner quelqu’un que l’on aime. Elle peut faire croire que la victime est la seule capable de sauver la situation. C’est précisément à ce moment qu’il faut sortir de la conversation privée et passer à des actions vérifiables : conserver les éléments, signaler le compte et engager les démarches de recours.
Les chiffres français 2025 : peu de demandes, mais un coût moyen très élevé
Le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr donne une image utile de la place de l’escroquerie sentimentale parmi les menaces signalées. La plateforme a enregistré plus de 504 000 demandes d’assistance en 2025.
Dans cet ensemble, l’escroquerie sentimentale représente 1 % des demandes et se situe au 24e rang des menaces traitées. Ce rang peut donner l’impression d’un phénomène secondaire. Ce serait une mauvaise lecture des données.
Le préjudice moyen constaté par victime s’élève à 11 500 €. C’est le chiffre qui doit retenir l’attention. L’arnaque sentimentale est moins fréquente que d’autres difficultés numériques traitées par la plateforme, mais elle peut être très coûteuse à l’échelle individuelle. Cette gravité s’explique notamment par le caractère progressif de la fraude : les paiements ne sont pas nécessairement perçus par la victime comme une somme globale, mais comme une succession d’aides exceptionnelles.
Une personne peut commencer par vouloir dépanner quelqu’un qu’elle croit aimer, puis continuer parce qu’elle a déjà versé de l’argent, parce qu’elle attend le remboursement promis, ou parce qu’elle redoute de perdre une relation à laquelle elle a consacré du temps et des émotions. Le dommage est alors à la fois financier et affectif.
Ces données officielles doivent aussi aider l’entourage. Lorsqu’un proche parle d’une relation en ligne qui s’accompagne de demandes répétées de fonds, la réponse ne devrait pas être la moquerie. Le sujet mérite une écoute calme, car la honte favorise le silence et le silence favorise la poursuite de l’arnaque.
Dès que le doute existe : interrompre le scénario et préserver les preuves
Lorsqu’un doute sérieux apparaît, la priorité n’est pas de convaincre l’auteur présumé qu’il a été démasqué. Une confrontation peut entraîner la suppression du compte, la disparition des messages ou une tentative de pression supplémentaire. Il est plus utile de préserver ce qui peut documenter les faits.
Cybermalveillance.gouv.fr recommande de conserver tous les échanges, les preuves de paiement et les identifiants des comptes. Cette conservation est centrale pour la suite, notamment lors du dépôt de plainte. Le réflexe rejoint les précautions décrites dans notre page sur la sécurité des données personnelles sur les sites de rencontre.

Rassemblez, sans modifier les éléments, tout ce qui permet de reconstituer la relation et les demandes d’argent :
- les messages échangés sur le site de rencontre, le réseau social, la messagerie ou tout autre canal utilisé ;
- les captures d’écran du profil, du nom utilisé, des photographies, des publications et des coordonnées visibles ;
- les dates des conversations et des demandes de fonds ;
- les preuves de paiement dont vous disposez ;
- les identifiants des comptes utilisés par le faux profil ;
- les messages contenant des menaces, en particulier lorsqu’il s’agit de chantage à partir d’images intimes ;
- les explications données pour justifier les virements ou les transferts successifs.
Ne supprimez pas les messages par honte, même s’ils vous paraissent embarrassants ou personnels. Dans une affaire d’escroquerie aux sentiments, la dimension intime de la conversation fait précisément partie du mécanisme de manipulation. Les échanges peuvent montrer comment la confiance a été construite, comment l’urgence a été introduite et comment les demandes d’argent se sont répétées.
Ne versez plus d’argent dans l’espoir de récupérer ce qui a déjà été envoyé. Le scénario du « dernier paiement » est un élément documenté de la logique de paiements successifs. La volonté de sauver la relation ou de ne pas perdre les sommes déjà engagées peut malheureusement être exploitée pour prolonger la fraude.
Déposer plainte en ligne : la procédure THESEE, étape par étape
L’escroquerie aux sentiments est une infraction pénale, selon Service-Public. Cette qualification compte : porter plainte ne revient pas à raconter une déception amoureuse aux autorités, mais à signaler une fraude reposant sur la création de faux profils afin de convaincre une victime de remettre des fonds.
La plateforme THESEE, pour Traitement Harmonisé des Enquêtes et Signalements pour les E-Escroqueries, a été lancée officiellement le 15 mars 2022. Elle permet de déposer une plainte en ligne par l’intermédiaire d’un formulaire personnalisé. L’escroquerie aux sentiments figure explicitement parmi les infractions prises en charge par ce dispositif.
Service-Public indique que la plainte déposée via THESEE est ensuite validée et signée électroniquement par un policier. Il ne s’agit donc pas d’un simple commentaire laissé sur internet ou d’un signalement sans suite : c’est une voie de dépôt de plainte conçue pour certaines escroqueries en ligne.
Voici le déroulement pratique à retenir.
| Étape | Dispositif ou action | Ce qu’il faut avoir sous la main |
|---|---|---|
| Préserver les éléments | Conservation des preuves recommandée par Cybermalveillance.gouv.fr | Messages, captures d’écran, preuves de paiement, identifiants des comptes |
| Identifier la nature de la fraude | Vérifier que la situation correspond à une escroquerie aux sentiments | Faux profil, relation construite en ligne, demandes de fonds, prétextes et éventuel chantage |
| Déposer plainte en ligne | Plateforme THESEE | Les informations permettant de renseigner le formulaire personnalisé et les éléments conservés |
| Faire valider la plainte | Procédure THESEE | Les informations exactes et cohérentes transmises lors du dépôt ; la plainte est validée et signée électroniquement par un policier |
| Signaler le profil frauduleux | Signalement du compte sur le service où il a été utilisé | Le compte concerné, les captures et les informations permettant de l’identifier |
Le formulaire THESEE doit être rempli avec rigueur, sans chercher à embellir ou à minimiser les faits. Il est préférable de présenter la chronologie de manière simple : premier contact, évolution de la relation, première demande, paiements successifs, promesses ou pressions, disparition éventuelle, menaces éventuelles.
N’attendez pas d’avoir une certitude absolue sur l’identité réelle de l’auteur pour agir. Justement, dans une fraude au faux profil, la victime ne dispose souvent que de l’identité utilisée en ligne. Les identifiants du compte, les messages et les éléments de paiement font partie des informations pertinentes à conserver et à transmettre.
La plateforme THESEE a reçu près de 85 000 plaintes et signalements depuis son lancement. Ce volume rappelle que la démarche existe pour répondre à des pratiques qui touchent de nombreuses personnes. Utiliser cette procédure, c’est refuser de rester seul avec l’affaire.
Signaler le faux profil ne remplace pas la plainte
Signaler un compte frauduleux et déposer plainte sont deux démarches complémentaires, mais différentes.
Le signalement concerne le profil utilisé pour approcher, manipuler ou menacer la victime. Il permet d’alerter le service sur lequel le compte est présent. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de signaler le compte frauduleux. Cette action peut contribuer à limiter la poursuite de l’usage du profil, notamment si l’auteur tente de contacter d’autres personnes.
La plainte, elle, relève du recours pénal. Service-Public qualifie l’arnaque sentimentale d’infraction pénale, et THESEE permet précisément de déposer une plainte en ligne pour ce type d’escroquerie.
Il ne faut donc pas choisir entre l’un et l’autre comme s’il s’agissait de deux solutions équivalentes. Le signalement vise le compte ; le dépôt de plainte permet de formaliser les faits auprès des autorités compétentes dans le cadre prévu par THESEE.
Avant de signaler le profil, conservez les captures nécessaires. Un compte peut disparaître, changer de nom ou être supprimé. L’objectif n’est pas de mener une enquête soi-même, ni de rechercher l’identité réelle derrière les photographies. L’objectif est de préserver les faits dont vous disposez et d’utiliser les dispositifs prévus. En amont, choisir un intermédiaire sérieux réduit l’exposition : les critères d’une agence matrimoniale fiable sont détaillés à part.
La honte est un outil de l’arnaque, pas une preuve de responsabilité
Beaucoup de victimes hésitent à parler parce qu’elles ont peur d’être jugées. Elles redoutent les réactions du type : « Comment as-tu pu y croire ? » ou « Tu aurais dû voir les signes. » Pourtant, la construction de la confiance est au cœur du mode opératoire décrit par Cybermalveillance.gouv.fr.
L’arnaque sentimentale détourne des qualités humaines ordinaires : la générosité, le désir de construire une relation, la capacité à croire une personne qui paraît vulnérable, l’envie d’aider face à une urgence médicale ou administrative. Ces qualités ne deviennent pas des fautes parce qu’un fraudeur les exploite.
La honte a un effet très concret : elle peut retarder le signalement, empêcher la victime de conserver les preuves, conduire à supprimer les conversations ou favoriser de nouveaux paiements. L’auteur peut aussi utiliser cette honte comme moyen de contrôle, en particulier dans les cas de sextorsion. Il fait croire à la victime qu’elle sera ridiculisée si elle parle, ou qu’elle sera seule responsable des images envoyées.
Dans cette situation, la bonne décision n’est pas de négocier seul avec la personne qui menace. Conservez les échanges et les éléments associés, y compris les messages embarrassants. Puis utilisez les voies de recours adaptées : le signalement du compte et le dépôt de plainte via THESEE.
Pour les proches, aider ne signifie pas interroger la victime comme si elle devait se justifier. Aider, c’est favoriser un retour aux faits : quels comptes ont été utilisés, quels messages existent, quelles demandes ont été formulées, quelles preuves sont disponibles, quelles démarches peuvent être engagées. Le calme et l’absence de jugement sont souvent les conditions nécessaires pour que la personne accepte de déposer plainte.
Ce que le recours officiel permet réellement, et ce qu’il ne faut pas promettre
Une procédure de recours ne doit pas être présentée comme une garantie automatique de récupération des sommes versées. Le dossier disponible ne permet pas d’annoncer un résultat financier, un délai de traitement ou une issue judiciaire dans chaque situation. Il serait trompeur de le faire.
En revanche, les démarches officielles ont un rôle concret. Elles permettent de formaliser les faits, de transmettre les éléments utiles et de ne pas laisser l’affaire réduite à un échange privé entre une victime et un faux profil. THESEE est précisément un dispositif de traitement des plaintes et signalements liés aux e-escroqueries, avec une procédure de plainte en ligne validée et signée électroniquement par un policier.
Le recours commence donc par une démarche qui peut sembler simple, mais qui est essentielle : documenter. Les preuves ne doivent pas être parfaites pour être conservées. Une capture d’écran, une conversation, un identifiant de compte, une preuve de paiement ou un message de pression peuvent contribuer à reconstituer le scénario.
La victime n’a pas à démontrer seule toute l’organisation de la fraude ni à identifier l’auteur réel derrière le faux profil. Son rôle est de rapporter avec précision ce qu’elle a vécu et de remettre les éléments dont elle dispose. C’est pourquoi les formulations factuelles sont souvent les plus utiles : « Le profil m’a contacté sur tel service », « les demandes d’argent ont commencé après telle conversation », « voici les échanges », « voici les paiements », « voici les menaces éventuelles ».
Après la plainte : reprendre le contrôle de la situation
Déposer plainte est une étape importante, mais la sortie d’une arnaque sentimentale passe aussi par une rupture nette avec le scénario imposé par le fraudeur. Si le profil revient avec des excuses, une nouvelle urgence ou une promesse de remboursement, il peut chercher à restaurer le lien affectif afin d’obtenir encore de l’argent ou d’empêcher la victime de poursuivre ses démarches.
Le retour du faux profil ne prouve pas un attachement sincère. Dans le cadre d’une escroquerie, il peut faire partie de la continuation de la fraude. La disparition soudaine n’est pas non plus le seul dénouement possible : certains auteurs alternent silence, excuses, colère et déclarations d’amour pour maintenir la victime dans l’incertitude.
Quelques repères peuvent aider à reprendre de la distance :
- ne plus considérer les explications du profil comme la source principale d’information sur l’affaire ;
- conserver les nouveaux messages plutôt que répondre sous le coup de l’émotion ;
- ne pas envoyer de nouveau paiement, même présenté comme une condition du remboursement d’une somme précédente ;
- ne pas supprimer les échanges personnels par gêne ;
- parler de la situation à une personne de confiance qui pourra aider à relire les faits sans participer à la pression affective ;
- poursuivre le signalement du compte et la démarche de plainte, même si la personne prétend désormais vouloir « arranger les choses ».
Cette vigilance ne doit pas se transformer en suspicion générale envers toutes les relations franco-russes ou franco-ukrainiennes. L’enjeu est d’apprendre à distinguer un lien amoureux qui respecte la liberté et les limites de chacun d’un scénario où l’émotion devient un moyen d’obtenir des fonds.